10 observations sur le Rendez-vous Champlain 2016

Tourisme, Recherches/Études · · Commenter

Rendez-Vous Champlain 2016Du 30 mai au 1er juin dernier a eu lieu la dernière édition du Rendez-vous Champlain, un colloque universitaire dédié au phénomène touristique, à son évolution et à ses enjeux.  De nombreux chercheurs issus de la francophonie sont venus présenter leurs leurs projets de recherche tournant autour de la thématique 2016 : le tourisme urbain. Tel que promis dans mon dernier article présentant l'événement, j'y ai assisté pour le compte de TourismExpress La Relève.

CINQ OBSERVATIONS SUR LES PRÉSENTATIONS

1. Le tourisme urbain a bel et bien été le fil conducteur des diverses présentations, bien qu'aucune des recherches ne l’ait directement analysé. On a surtout eu droit à des recherches sur des phénomènes prenant place dans les villes. Les nombreuses études de cas représentaient des villes de toutes les tailles et de toutes les cultures, preuve que chaque environnement a ses spécificités, ses forces et ses faiblesses et qu'on peut en apprendre beaucoup de celles-ci. Le mélange de chercheurs provenant de l'Amérique du Nord, de l'Europe et de l'Afrique du Nord a énormément enrichi les discussions autour des présentations.

2. ​Le concept de la ville ou de la destination intelligente pourrait peut-être prendre le dessus sur celui du développement durable, puisqu'elle en est en quelque sorte sa version technologique. Selon Robert Lanquart, elle est constituée de trois piliers - la durabilité, la collectivité et l'inclusion - qui rappellent certainement ceux du développement durable, soit l'écologie, l'économie et le social. Toutefois, il n'y a pas de définition ou de critères universels pour déterminer quelles villes ou destinations sont intelligentes, ce qui fait en sorte que pour le moment, n'importe quel territoire peut s'autoproclamer intelligent ! Il s'agit donc plus d'une stratégie marketing que d’une forme de développement touristique.

3. La démarcation entre la recherche et la consultation pour entreprise est mince. C’est un sujet sensible auprès de la communauté scientifique qui n’arrive pas tout à fait à un consensus. Les chercheurs issus de départements de gestion sont certainement plus favorables aux demandes d’entreprises, alors que d’autres s’insurgent contre l’idée de proposer des solutions à des entreprises. Certains vont même jusqu’à dire que c’est un « non-sujet » et qu’on devrait arrêter d’en parler ! C’est sûr que lorsque que quelqu’un porte trop de chapeaux à la fois, il est plus difficile de savoir «qui parle» : le professeur, le chercheur ou le consultant. La clef semble plutôt être la neutralité dans la démarche et l’objectif pédagogique visé.

 

Plénière Rendez-vous Champlain 2016
Plénière sur l’évolution de la recherche en tourisme et son rôle dans le développement touristique des entreprises et des destinations. Crédit photo : Julie-Anne Perrault.
 

4. Le consensus scientifique est difficile à obtenir sur les définitions de concepts. Les chercheurs ont eu des discussions assez animées sur plusieurs définitions, mais celle qui m'a le plus étonnée est celle du touriste ! Oui, cette fameuse définition que l'on voit dans pratiquement tous les cours de niveau de bac n'était même pas acceptée par tous. «Touriste = personne passant une nuitée à l'extérieur de son environnement habituel » ne fait pas l'unanimité. C'est à se demander si cette constante remise en question de concepts de base ne freine pas plus la recherche en profondeur plutôt qu'elle ne la dynamise.

5. La question de la gouvernance en tourisme est primordiale. En effet, le développement touristique dépend souvent de l'interaction entre les différents acteurs de l'industrie et de leur facilité à s'entendre sur un objectif commun ainsi qu'une stratégie pour y arriver. Par exemple, les événements produits à l'interne ont souvent un meilleur impact à long terme au niveau du développement touristique que ceux venant de l'international. C'est ce qui a été mis en relief par l'étude de cas de Mohamed Reda Khomsi, où l'impact du 350e de Montréal a été nettement supérieur à celui des Jeux Olympiques de 1976 et l'Expo 67 grâce aux acteurs ayant participé à l’élaboration du projet.


CINQ OBSERVATIONS SUR L'ÉVÉNEMENT

1. ​Les chercheurs universitaires peuvent être aussi agressifs que des politiciens pour défendre leurs opinions ! Peut-être parce que je les vois surtout dans leur rôle de professeur,  je croyais que les chercheurs étaient posés et stratégiques en émettant leur opinions. Qu'à cela ne tienne, ils savent aussi défendre bec et ongles leurs travaux. Les critiques des différentes recherches présentées n'étaient donc pas toujours faites calmement: de nombreux débats furent extrêmement animés. Par contre, il est à noter qu'il y avait une très grande proportion de chercheurs français dans la salle (oui, j'ose le mentionner, ce n’est pas juste un stéréotype !), alors peut-être que mon observation n’est pas applicable aux chercheurs de tous les horizons.

Gala du Rendez-vous Champlain.
Gala du Rendez-vous Champlain. Crédit photo : Julie-Anne Perrault.

2. C'était un colloque très peu ouvert à la relève. J'étais la seule étudiante au baccalauréat et je ne me suis pas sentie particulièrement à ma place, alors que je suis généralement comme un poisson dans l'eau dans le contexte universitaire. Je comprends que les chercheurs aient parfois envie de se retrouver entre eux pour discuter en profondeur des thématiques et sujets qui les animent. Pourtant, il me semble qu'il s'agisse d'une opportunité manquée de promouvoir la recherche universitaire à la relève, une relève qui ne comprend pas nécessairement l'importance ni l'intérêt de la recherche. De plus, selon moi, tant qu'à ce que les études soient présentées devant public, il vaudrait mieux que ce public soit le plus large possible ! Cela permettrait aux étudiants de tous les niveaux d'en apprendre davantage sur des sujets peu couverts en classe et de découvrir les travaux personnels de leurs professeurs. Cette approche n'enlèverait rien aux liens que les chercheurs créent entre eux: au contraire, elle validerait encore plus leurs démarches. Le concours de cas de l'Innov Case Lab de La Rochelle (dont j'ai parlé dans le précédent article) est une piste intéressante qui n'a pas su être exploitée convenablement cette année. À voir en 2018 .

3. Le principal avantage d’avoir des professeurs comme conférenciers: ils sont pratiquement tous d'excellents orateurs ! Des sujets aussi pointus et poussés auraient facilement pu devenir barbants. Heureusement, chaque chercheur a su trouver une façon intéressante, concise et dynamique de faire valoir ses idées. C'est certainement un plus pour convaincre la communauté universitaire de la valeur de leur travail et de ses conclusions.

4. Les communications générales du colloque n'ont pas rendu honneur à l'événement. En faisant des recherches en amont du colloque, j'ai été surprise à quel point l'image de l'événement était peu soignée et peu prioritaire: une bannière de basse qualité, aucune visibilité dans les médias traditionnels ou sociaux (même de l’industrie touristique), pas de photos des précédentes éditions, etc. Chaque fois que j'ai mentionné à des collègues que j'allais participer à cet événement, ils me questionnaient avec intérêt, surpris de ne pas en avoir entendu parler. Une fois sur place, j'ai pris des photos pour la concoction de cet article et de nombreux chercheurs sont venus me demander de les leur envoyer ! Il y a fort à parier qu’ils les auraient appréciées les années précédentes également. J'en conclus donc que les communications sont le maillon faible de ce colloque qui pourrait pourtant devenir incontournable.

5. La méthodologie en recherche est fondamentale. Tous les présentateurs ont eu droit à des questions sur leur méthodologie. J'étais consciente que c'était une base importante dans la recherche, mais je constate finalement que c'est bien plus qu'une base: c'en est le cœur ! En effet, le moindrement que la méthodologie n'est pas fiable à 100 %, les résultats de l’étude sont pratiquement inutiles, voire trompeurs.


Pour terminer, je tiens à remercier chaleureusement le Rendez-vous Champlain et ses organisateurs de m'avoir permis d'assister à ce colloque inspirant ! Je félicite également tous les chercheurs présents d’avoir partagé avec brio leurs résultats, des résultats qui seront par ailleurs publiés dans un prochain numéro de Téoros et du Monde du Tourisme. Ce type d'événement a clairement sa place dans l'écosystème touristique: il ne reste plus qu'à passer le mot !


​Par Julie-Anne Perrault
Étudiante au B.A.A. en gestion du tourisme et de l’hôtellerie – ESG UQAM
Chargée de communication chez Kéroul
Réalisatrice de Montréal Mobile

 

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