Chronique lecture : Où partir avant qu’il ne soit trop tard?

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Où partir avant qu'il ne soit trop tard?Si l’on ne se fie qu’au titre de ce bouquin, on pourrait croire que l’auteur en est un de ceux qui vous listeront le top 10 des destinations à visiter absolument avant que le tourisme de masse ne les ait rayées de la carte. Et pourtant, c’est avec une grande sensibilité que le photojournaliste Arild Molstad remet en question nos façons actuelles de voyager dans le but d’assurer la pérennité des cultures et des milieux visités. Voici le topo d’un livre qui mérite  d’être lu par toute personne œuvrant dans l’industrie touristique, mais également pour tout voyageur qui désire faire un tourisme plus responsable.

Arild Molstad est photojournaliste et auteur d’origine norvégienne. Également consultant, il a travaillé pour de nombreux organismes voués à la protection du patrimoine et à l’implantation de stratégies de tourisme durable. Son livre, Où partir avant qu’il ne soit trop tard? Compte à rebours pour un tourisme responsable, publié pour la première fois en 2006, remet en question de façon habile les rouages de l’industrie touristique. À travers chaque chapitre, il nous fait visiter un coin de pays tout en démontrant par des exemples concrets les effets de certaines pratiques. Ses propos invitent le voyageur à s’interroger sur l’impact de ses choix à destination. Au final, le dilemme qui est présenté est le suivant : partir ou rester chez soi? Car bien que le tourisme puisse avoir des retombées économiques importantes, chaque individu qui décide de partir à l’assaut de nouvelles contrées contribue en quelque sorte, et bien malgré lui, à sa perte. Ce sont là les deux visages du tourisme.

Par ses écrits, Molstad cherche à encourager les acteurs du tourisme à prendre des initiatives qui permettront aux communautés de conserver l’argent du tourisme localement afin de contribuer à l’amélioration des conditions de vie. On a trop souvent tendance à voir le tourisme comme une bouée de sauvetage dans des économies fragiles, mais si l’argent du tourisme repart aussi vite à l’étranger qu’il n’y est arrivé, alors quel est l’avantage? On se retrouve alors avec un tourisme qui modifie grandement l’essence même des lieux.

Il ne faut pas se leurrer, la présence de visiteurs a bien souvent tendance à modifier les traditions en place et il n’est pas rare de voir des populations prisonnières du théâtre qu’est devenue leur ville. L’auteur illustre bien ce phénomène avec l’exemple de Venise qui voit ses habitants quitter pour s’établir à l’extérieur alors que l’endroit, autrefois actif et dynamique, ressemble maintenant à une coquille vide « où l’on met en scène le tourisme, symbole de la consommation stérile de l’homme ».

À une époque où le visiteur recherche l’authenticité et l’expérience de la culture de ses hôtes, la demande pour de nouvelles destinations vierges ne cesse de grandir. En contrepartie les destinations où s’entassent en masse les touristes perdent rapidement de l’exotisme pour être tranquillement délaissées avec peu d’autres ressources car l’économie reposait essentiellement sur l’industrie touristique. Molstad utilise d’ailleurs l’exemple de Cuba pour démontrer les difficultés associées à cette situation.

Bien sûr les voyagistes ont un grand rôle à jouer dans la situation actuelle, mais les voyageurs également ont leur part de responsabilités. « En exigeant sans cesse des prix moindres, nous [les voyageurs] participons, nous aussi à ce phénomène, comme si le secteur du tourisme était une source inépuisable d’offres à bas prix dans laquelle il suffit de se servir largement. Mais les bas prix bas comme outil commercial sont une arme à double tranchant, qui réduira la diversité de la destination et la qualité globale du séjour ». C’est donc en partie au voyageur de réfléchir à la valeur qu’il accorde au tourisme et c’est possiblement à partir de ses demandes que proviendront les plus grands changements dans l’industrie.

Je vous laisse sur cette petite réflexion : beaucoup de gens sont généralement prêts à payer plus cher pour un bien de qualité supérieure qui aura une durée de vie plus grande. Pourquoi ne pas faire de même avec le coût des voyages? Pouvons-nous accepter de payer plus cher pour un voyage qui aura des bénéfices plus grands pour les communautés locales et qui nous permettra de visiter l’endroit encore de nombreuses années sans qu’il ne dépérisse? Aujourd’hui, le tourisme devient une forme de loisir que beaucoup d’individus peuvent se permettre en raison des bas prix, mais si on revenait un peu à cette idée que le tourisme est un privilège que nous désirons garder encore longtemps, cela changerait-il notre façon de le consommer?

Pour alimenter votre réflexion et aller plus loin, voici la référence du livre d’Arild Molstad :
Molstad, Arild, and Loup-Maëlle Besançon. Où Partir Avant Qu'il Ne Soit Trop Tard: Compte À Rebours Pour Un Tourisme Responsable. Paris: La Découverte, 2009. 285 p. 



Par Anne-Julie Dubois
Étudiante à la maîtrise en urbanisme – Université de Montréal
Diplômée B.A.A Gestion des organisations et destinations touristiques –  ESG UQÀM
Diplômée A.E.C tourisme d'aventure - Cégep de la Gaspésie et des Îles

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