Gueuleton touristique - Mes réflexions sur le tourisme à l'aube de 2020

Tourisme, Hôtellerie, Restauration, Recherches/Études · · Commenter

Photo: Extrait du Geuleton touristique 2016 : Le tourisme à l'aube de 2020
La Chaire de tourisme Transat et Tourisme Montréal présentaient le 20 janvier dernier la conférence intitulée Le tourisme à l’aube de 2020. Tout d’abord, on apprécie le souci des conférenciers de centrer leur discours sur l’humain et les tendances sociologiques observables aujourd’hui, pour ancrer les tendances touristiques dans quelque chose de solide. Les extraits de la conférence étant accessible en ligne sur la chaine YouTube de la Chaire, j’ai choisi de ne pas vous faire un compte-rendu de l’allocution, mais plutôt vous faire part de certaines réflexions.


LA TECHNOLOGIE AU SERVICE DES MODÈLES DISRUPTIFS

Je fais partie des rares «jeunes» à ne pas avoir de forfait de données sur mon cellulaire. J’irais jusqu’à dire qu’en général, je trouve que les applis reliées au voyage encombrent mon expérience plutôt que d’y apporter une valeur ajoutée. Doit-on en déduire que je suis réfractaire aux nouveautés? Disons plutôt que côté technologies, on ne m’impressionne pas facilement.

Par contre, ce qui m’intéresse est lorsque celle-ci permet l’émergence de modèles disruptifs, tel qu’en a parlé Paul Arsenault comme 3e tendance. Les technologies de l’information, notamment Internet, ont tout l’air de nous avoir transportés dans une nouvelle ère industrielle. Cela amène son lot d’opposition et de remise en question, pensons notamment à AirBnB ou Uber, mais comme Paul Arsenault l’a si bien dit pendant la conférence, «tout ce qui est nouveau démarre dans le chaos et se structure».

Car c’est bien là où nous devrions être aujourd’hui. Il faut reconnaître que si ces modèles alternatifs rencontrent un succès si grand, c’est qu’ils répondent à un besoin d’une manière qui satisfait davantage certaines clientèles. Pour plusieurs, l’industrie hôtelière ou du taxi passe pour un enfant gâté qui a peur qu’on lui enlève son biscuit. Maintenant que la clientèle a goûté aux avantages de ces nouvelles solutions, les interdire ne fera que créer un ressentiment chez celle-ci. Il faut la regagner en innovant ou en augmentant sa compétitivité, pas en s’opposant à une nouvelle concurrence.

Les organisations traditionnelles peuvent aussi profiter de nouvelles opportunités amenées par ces modèles disruptifs. Un des exemples les plus intéressants présentés pendant la conférence est celui de At the corner, qui gère la remise des clés pour les locateurs AirBnB par l’entremise des réceptions d’hôtels à proximité.

DES MODÈLES DISRUPTIFS PERMETTANT D’ACCROITRE L’UTILISATION DES RESSOURCES ET L’HYBRYDATION DES LIEUX

Dans notre société de consommation, je trouve particulièrement intéressants les modèles disruptifs qui, grâce aux TICs, permettent d’accroitre l’utilisation de ressources sous-utilisées. Que ce soit une voiture, une salle de conférence ou même son temps libre.

À titre de tendance sociologique, Paul Arsenault soulignait que les nouvelles générations sont moins intéressés à posséder des objets, mais plutôt à en avoir l’usage. Les systèmes d’auto-partage ou encore les vélos en libre-service BIXI en sont les exemples parfaits. L’économie collaborative ou encore dite «de partage», s’inscrit dans cette lignée, même si on ne peut plus nier que ses activités sont commerciales.
Système d'auto-partage Car2go / Système de vélo-partage Bixi
Photos: Le système d'auto-partage montréalais Car2go / Le système de vélo-partage montréalais Bixi

Ces solutions technologiques permettent aussi d’explorer de nouvelles possibilités pour l’économie traditionnelle. En effet, pour tout produit à maturité, une stratégie possible consiste à trouver de nouvelles utilisations pour en augmenter la demande. On peut aussi parler de nouveaux modes de distribution.

En somme, c’est ce dont parlait Pierre Lalumière lorsqu’il a abordé la tendance d’hybrydation des lieux et des fonctions. Selon ses mots, cela signifie de «changer sa mentalité, son modèle d’affaires, pour complètement voir différemment les lieux.» On parle notamment de louer des espaces à l’heure ou à la minute à des clientèles non traditionnelles auxquelles ont peut désormais avoir accès grâce à des plateformes comme Breather.com. Ou encore, de proposer une toute nouvelle utilisation à un espace, par exemple un terrain de golf peut accueillir un festival de musique, le lobby d’un hôtel devenir une galerie d’art, etc. L’enjeu est celui de toute organisation : augmenter les revenus. Pour y arriver, ce qu’on vous dit c’est faites preuve de créativité, think outside of the box! N’est-ce pas stimulant?
Photos: Un lobby d'hôtel servant de gallerie d'art / Un club de golf accueillant un festival de musique
Photos: Un lobby d'hôtel servant de gallerie d'art / Un club de golf accueillant un festival de musique

Par ressources, on peut aussi parler du temps libre, comme du temps inoccupé au travail. Exemple bien connu du premier, les chauffeurs UberX disposent d’une voiture plus souvent garée qu’autrement, et de temps libre. Par ailleurs, certains emplois peuvent vivre des niveaux d’achalandage variables. Une start-up présente à l’après gueuleton présenté par TER et Montréal New Tech, a attiré mon attention : Ask Pam. Un service mobile destiné aux voyageurs qui permet aux concierges d’expérience d’utiliser leur temps libre, au travail où à la maison, pour répondre aux demandes des clients de petits hôtels sans concierges qui paient un abonnement.

LES CHANGEMENTS DANS LA RELATION AU DIVERTISSEMENT ET SON IMPACT SUR LA RECHERCHE D’EXPÉRIENCE TOURISTIQUES

Les conférenciers ont plutôt choisi d’aborder les changements dans la relation au divertissement comme une des trois certitudes sur lesquelles repose leur analyse, plutôt qu’une tendance. Les 2 autres étant la croissance de l’industrie au niveau mondial et le changement du contexte des ressources humaines Ainsi à mon avis, la relation au divertissement est un sujet des plus pertinents pour comprendre certaines des tendances qui ont été abordées pendant la présentation.

Car qu’est-ce que les formes de tourisme de niches ou alternatives - qu’on parle de tourisme créatif ou sportif, durable ou social, etc. - si ce n’est un rejet du tourisme de masse fondé sur le divertissement pur?

Le tourisme d’aujourd’hui se veut immersif, dernière tendance abordée pendant la conférence. C’est-à-dire que le voyageur trouve son plaisir dans la découverte de la culture locale plutôt que par la visite d’un parc d’attraction. Il ne veut plus faire des activités «de touristes» et préfère des expériences porteuses de sens et d’émotions, tel que présenté dans la tendance de l’expérientiel et du sensoriel. Par exemple, on peut prendre un cours de Muaï Taï en Thailande, plutôt que simplement assister à un combat, ou encore faire une sortie de pêche au homard en Gaspésie plutôt que de simplement y goûter au restaurant. Par là, on souhaite aussi faire la rencontre des habitants.
tourisme sportif à St-Jean-Port-Joli
Photo: Le tourisme créatif à Saint-Jean-Port-Joli

Comme le voyageur souhaite que les expériences qu’il vit à destination soient porteuses de sens, c’est là que l’apogée de la personnalisation, telle que décrite pendant la conférence, prend tout son sens. Puisqu’il a accès à l’information en ligne - lors de la planification du voyage mais aussi à destination - il ne fait plus ce qu’on lui dit de faire, mais ce qui correspond à ses intérêts personnels. Quel impact sur les guides touristiques et les bureaux d’informations? À suivre.


Bref, voici quelques unes de mes réflexions. Je serais bien curieuse d'entendre les vôtes.

Par Caroline Asselin

Diplômée du B.A.A. Gestion des organisations et destinations touristiques - ESG UQÀM

Pour réécouter les tendances présentées lors de la conférence :

Le tourisme à l’aube de 2020 …

1. Répondra à des attentes expérientielles et sensorielles
2. Se confirmera comme urbain 
3. Verra apparaître davantage de modèles disruptifs 
4. Vivra une forte hybridation des lieux et des fonctions 
5. Deviendra le lieu de nouvelles saturation et refus du tourisme 
6. Reposera sur l’innovation ouverte et la co-création
7. Passera de la mobilité à l’omniprésence 
8. Vivra l’apogée de la personnalisation 
9. Sera motivé par la quête permanente du mieux-être 
10. Deviendra immersif et poussera encore plus loin la notion d’authenticité 
 

 

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