Jeune diplômée du jour - Kim Limoges

Kim et Maude en kayakBonjour Kim! Comment vas-tu? Depuis que tu as terminé le Baccalauréat en Tourisme et Hôtellerie de l’UQÀM au printemps 2015, tu as imaginé, développé, aménagé, décoré, mis sur pied et animé une nouvelle auberge de jeunesse à Ste-Rose du Nord à un village en bordure du Fjord du Saguenay. Ce projet, c’est le tiens et celui de ta sœur de A à Z. On a hâte d’en savoir plus!

Tout d’abord, d’où vous est venu l’idée de la Rose des Vents?

KIM : Maude et moi avons commencé l’université en même temps, et on s’est vite rendues compte que nos programmes respectifs (Maude est bachelière en Intervention Plein Air) étaient très complémentaires. Je ne pourrais pas dire exactement comment, mais l’idée de démarrer quelque chose ensemble est vite arrivée. On lançait toujours un peu à la blague « quand on aura notre entreprise on fera ça ». Il n’y avait vraiment rien de défini, mais on savait que ça serait dans le domaine du tourisme et du plein air.

En allant visiter Maude une fin de semaine au Saguenay en octobre 2013, il y avait un festival à Ste-Rose-du-Nord (La Funéraille des beaux jours) en même temps. Ça a été un coup de foudre instantané pour le village et la blague est devenue « t’imagines un jour habiter à Ste-Rose ».  Avec ma dernière année d’université qui approchait, j’avais le choix entre un stage ou un cours de création d’entreprise et j’ai dit à Maude que je suivrais le cours dans le but de monter un plan d’affaires. Ca a été un peu un déclic; on était toutes les deux d’accord sur le fait qu’il fallait arrêter de dire « un jour on aura notre entreprise » pis on devait concrétiser ce qu’on voulait faire exactement.

Au printemps 2014, la veille de mon départ pour un voyage de 6 semaines en Europe, Maude m’appelle en me disant qu’il y avait un ancien resto-gite à vendre à Ste-Rose. Toujours un peu en blague, elle est allée visiter avec nos parents et me faisait des comptes rendus par téléphone. Je pense que la suite s’est fait tout seul, sans trop réaliser dans quoi on s’embarquait vraiment on a fait une offre d’achat. C’est donc l’achat de la bâtisse qui a concrétisé le projet, qui en a été le point de départ.

Ensuite, tout a pris forme au fur et à mesure qu’on rédigeait le plan d’affaires, mais s’il y a une chose qu’on savait qu’on voulait, c’était de créer un lieu de rencontres, un port d’attache pour les voyageurs, mais aussi pour nous et nos amis-famille et ce, tout en développant le plein air dans une région où le potentiel est pratiquement infini.
 

Vue d'ensemble sur l'auberge

As-tu toujours voulu être entrepreneure?

KIM : Oui. J‘ai travaillé beaucoup dans les stations de ski un peu partout dans le monde et même si c’était super enrichissant comme expérience je savais qu’un jour ce ne serait pas assez pour moi d’ajuster des skis pour des touristes. Au début je pensais qu’un jour j’aurais mon propre magasin dans une station…mais les plans ça évolue, ça change de forme et la vie c’est pas toujours comme on l’avait planifiée, donc des fois faut juste plonger quand une opportunité se présente.

MAUDE : Pour ma part, le fait d’être entrepreneure n’était pas mon objectif de base. J’ai toujours voulu travailler dans des milieux plus « difficiles ». Avoir des défis, expérimenter de nouvelles aventures tous les jours et ne pas tomber dans la routine. C’est quand j’ai commencé l’université dans un domaine connexe à celui de Kim que l’idée de se lancer en affaires m’est apparue comme incontournable.

Passer d’une idée à une réalité, ça n’a pas dû être de tout repos!  Comment s’est déroulé le développement de votre projet?

KIM : Comme je le disais un peu plus tôt, notre projet a débuté un peu sur un coup de tête. On ne savait donc pas complètement dans quoi on s’embarquait, mais en même temps ça ajoutait un côté excitant à l’aventure. En plus, on a commencé l’aventure avec une bâtisse, mais pas de plan d’affaires et aucune idée complètement formée et concrète.

Ce qui était dur au début c’est qu’on montait le projet à distance, j’étais à ce moment-là aux études à temps plein et je travaillais aussi à temps plein. Autrement dit, pendant un an, je ne savais pas trop ce que le verbe dormir voulait dire. Pendant ce temps-là, fraichement bachelière (novembre 2014), Maude est partie du Saguenay pour venir s’installer à Montréal pour l’hiver, pour qu’on puisse être ensemble pour monter le projet. Elle vivait donc sur le futon du salon chez notre mère et travaillait à temps plein. Bref, on avait de la broue dans le toupet!

Ça a donc été 1 an de rédaction du plan d’affaires, d’étude marché, de recherche de financement (vraiment pas toujours évident quand on est étudiant), demande de permis (exploitation, bar, rénovations, partenariat pour le kayak, etc.). La bâtisse en tant que tel avait besoin d’un peu (beaucoup) d’amour…

Le gros avantage d’être aux études en même temps a été le support des centres d’entrepreneuriat (UQAM et UQAC). On a aussi eu beaucoup d’aide du CLD de la MRC du fjord, mais une chose est sure, sans l’appui (financier, mais surtout moral) de nos parents, on y serait jamais arrivées.

Bref, tout était à faire, mais tout était aussi à créer à notre image et ça, c’est vraiment magique!

Quels ont été les défis que vous avez rencontrés?

KIM : C’était magique oui, mais loin d’être toujours facile. Comme je le disais, le temps était une denrée rare. On avait pris un arrangement financier avec nos parents pour l’achat de la bâtisse, mais il fallait ouvrir à l’été 2015 si on voulait respecter cet arrangement.

Financièrement, l’achat de la bâtisse c’est quelque chose,  mais c’est loin d’être tout. Démarrer une entreprise (même de services) engendre beaucoup de coûts. La subvention de la MRC a mis beaucoup plus de temps que prévu à arriver et notre prêt à la banque a été refusé à la dernière minute. Il y a vraiment eu un moment, au début du mois de mai, où on s’est demandé dans quoi on s’était embarquées, pour la première fois toutes les deux en même temps on a failli baisser les bras. En effet, depuis le début, quand une de nous deux avait un moment de doute ou de découragement, l’autre était là pour la remonter (d’où l’importance de bien choisir ses partenaires d’affaires).

En plus, moi je partais de Montréal pour m’installer dans un village de 400 habitants…on intriguait les gens du village qui venait nous dire bonjour, mais on se sentait quand même un peu seules.

On a aussi eu des problèmes de tuyaux d’eau gelés qui ont retardé les rénos, bref, on se demandait vraiment si on allait pouvoir ouvrir pour la saison.

Finalement, notre père qui est entrepreneur général est venu passer 2 semaines pour nous aider avec les rénos, et là de voir que ça avançait ça nous a redonner de la motivation. Entre temps, le maire du village est passé nous voir pour nous dire qu’il allait appuyer notre demande de financement auprès du CLD, ce qui a accéléré les démarches.

L'auberge Rose des vents

De voir que le maire en personne était motivé par notre projet et qu’on avait l’appui de la municipalité, ça n’a pas de prix.

Finalement, à la mi-juin, on a fait un gros party pour souligner la fin des rénos et là tout le village s’est pointé et est venu nous souhaiter la bienvenue. On ne pouvait pas mieux commencer la saison.

Après la soirée de préouverture, tout s’est enchainé pour qu’on soit capable d’ouvrir pour la Saint-Jean. Bon, on ne se sentait pas complètement prêtes, mais qui se sent prêt à dire « ok, tout est parfait, on commence la saison! » après un an de dur labeur?

Je ne sais pas pour les lecteurs, mais moi je brûle de savoir comment votre premier été s’est déroulé!

KIM : Un premier été avec des hauts et des bas, comme je l’ai dit on savait à moitié dans quoi on s’embarquait…mais avec le recul le premier mot qui me vient en tête quand je pense à l’été dernier c’est MAGIQUE.

Cet été, on a rencontré des gens extraordinaires, on a fait des tours de kayak sur le plus beau fjord du monde, on a accueilli des gens de partout dans le monde, on a fait vibrer notre terrasse avec des concerts et on s’est impliqué dans des projets citoyens dans une municipalité unique. Surtout, on a tissé des liens avec des concitoyens merveilleux qui veulent s’impliquer dans notre projet à leur façon et qui nous ont bien fait comprendre qu’on ne réalisait pas encore totalement l’ampleur de ce qu’on avait créé. L’idée de base, c’était de créer un lieu de rencontre et de partage et ça je pense qu’on peut dire que c’est mission accomplie.

La terrasse et sa vue
Forcément il y a eu des contraintes, des défis et des cotés moins le fun. Le point négatif majeur est sans aucun doute nos voisins qui ont décidé que d’avoir un bar à Ste-Rose, c’est inacceptable et ça, malgré le fait qu’on était très strictes quant au bruit sur la terrasse. Heureusement, la majorité des gens du village nous ont appuyé, mais c’est jamais très intéressant de parler un peu trop souvent au téléphone avec la SQ. L’important c’est de se concentrer sur le positif et de se nourrir de cette énergie là pour surmonter les moments plus difficiles.

Avec le recul, on réalise aussi les quelques lacunes qu’on a pu avoir, les erreurs qu’on a pu commettre et les trucs qui pourraient être améliorés pour le futur.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail?

KIM : Le sentiment de créer quelque chose. De voir toutes les énergies que tu as mis dans l’élaboration de ton projet prendre vie, de voir que les gens embarquent à fond et t’appuient là-dedans. De poser tes propres barèmes à travers ce que tu crées.

Quels sont les projets pour l’avenir?

KIM : C’est sûr qu’un des objectifs d’Aventure Rose-des-Vents est de développer l’offre au niveau du plein air dans la municipalité. Éventuellement, on voudrait offrir plus que de kayak de mer, mais aussi des forfaits d’initiation à l’escalade. De plus, cet hiver nous sommes ouverts uniquement pour des évènements spéciaux, mais dès l’hiver prochain nous voudrions être ouvert à temps plein et offrir de la raquette, de la pêche sur glace, voir un jour de l’escalade de glace.

Quels acquis de ta formation universitaire en tourisme t’ont-ils le plus servi dans toute cette aventure?

KIM : À différents niveaux ma formation universitaire m’a été utile. Tout d’abord pour l’élaboration du plan d’affaires, de l’étude de marché et du plan marketing. Aussi, mon BAC m’a permis de bien comprendre les enjeux du tourisme sur un territoire donné. Ste-Rose étant un petit village qui vit pratiquement uniquement du tourisme, cela s’avère particulièrement intéressant.  Au niveau de la comptabilité aussi. Bien que ma formation ne soit pas très poussée, nous faisons affaire avec un comptable, mais la connaissance que j’ai me permet de comprendre les bases de la comptabilité et de bien faire des états prévisionnels.

Finalement, même si ça peut avoir l’air un peu con, avoir un diplôme de l’ESG en poche ça donne pas mal de crédibilité quand il s’agit de faire des demandes de subventions, de permis ou lorsque l’on présente le projet. En fait je pense que d’être deux diplômées universitaires, ça aide à se faire prendre au sérieux, car on a beau être professionnelles, on est quand même jeunes pour se partir comme ça, toute seules, en affaires.

MAUDE : Ma formation universitaire m’a permis d’avoir les compétences pour créer des offres de plein air bien structurées et bien organisées, autant pour le contact avec les clients, que les plans de gestion des risques et le suivi des activités quotidiennes. En ayant participé à de nombreuses expéditions au cours mon bac, ça m’a permis de développer quelque chose de très important quand on se lance en affaires : la facilité de s’adapter à toutes sortes de situations.

Quelque chose à ajouter?

Ste-Rose, on a beau l’expliquer et tenter de le décrire, il faut venir pour comprendre l’unicité du lieu.

Le fjord

Pour contacter Aventure Rose des Vents:
Site web 
418.675.2625
courriel: info@aventurerosedesvents.com

Entrevue avec Kim et Maude Limoges
Co-propriétaires de l’auberge la Rose des Vents
Kim est diplômée du B.A.A. Gestion des organisations et destinations touristiques – ESG UQÀM
Maude est diplômée du Bac en Intervention Plein Air


Réalisé par Caroline Asselin
Diplômée du B.A.A. Gestion des organisations et destinations touristiques – ESG UQÀM

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