Se faire cobaye de l’industrie touristique : voyager quand on étudie en tourisme

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Touriste photographiant des touristesJ’arrive tout juste d’un super voyage dans le nord de la France! Vous devez être jaloux, et avec raison… Boulogne-sur-Mer, Le Touquet-Paris-Plage, Dieppe, Rouen… Mon premier voyage dans ce coin de l’univers, j’en reviens charmée. Mais bon, comme j’étudies en tourisme et que je passe le plus clair de mon temps à réfléchir sur le sujet, difficile de cesser de le faire, même (ou surtout) en voyage.

Lorsque, dans mon ancienne vie alors que je travaillais dans l’industrie des centres de ski au Colorado, je prenais une journée de congé bien méritée pour visiter une station concurrente, je ne pouvais ne pas remarquer leurs pratique enviables ou leurs lacunes opérationnelles. De manière semblable, maintenant que j’étudies en tourisme, je peine à voyager sans observer le cadre de l’industrie qui balise et teinte l’expérience touristique, la mienne et celles des autres touristes. Je vous avais déjà partagé des réflexions semblables au sujet du tourisme durable lors de mon voyage à Vancouver en juin dernier.

Par soucis de transparence, il faut avouer que je me rendais en France pour prendre part à un colloque scientifique tenu à l'Université du Littoral Côte d'Opale à Boulogne-sur-Mer, colloque intitulé «Littoral et Tourisme Durable : quel champ opérationnel ?». L’événement a été l’occasion d’échanger avec des collègues de différentes régions de la France et d’ailleurs aussi (Belgique, Maroc, etc.), de quoi en effet mettre la table à une belle réflexion sur le tourisme.

Par exemple, arrivée le dimanche à Rouen (ceux qui ont voyagé en Europe l’ont déjà vécu, TOUT est fermé le dimanche…) et m’étant cogné le nez à la porte close de l’Office de tourisme, je me rabats sur leur site internet pour trouver quelques pistes afin d’occuper les deux journées de mon séjour dans cette ville. Je tombe avec bonheur sur l’onglet des «Greeters» de Rouen. Les «Greeters», pour ceux qui l’ignorent, ce sont des guides bénévoles qui acceptent de faire découvrir leur ville gratuitement aux touristes.

Greeters de Rouen

Comme tout le monde, je suis très intéressée par le phénomène participatif qui modifie le paysage de l’industrie touristique par les temps qui courent, mais je n’ai jamais eu le plaisir d’expérimenter moi-même une visite avec un «Greeter». J’ai donc envoyé quelques demandes à certains guides dont le profil m’inspirait. Ma démarche est malheureusement restée sans succès. Faute d’avoir prévue le coup plus d’avance, je n’ai trouvé personne qui pouvait m’accompagner… le lendemain. Ce sera donc partie remise pour cette expérimentation à saveur touristique ! Je me suis alors rabattue sur le classique audio-guide, non sans noter les observations que l’expérience du point de vue du touriste permet de faire ressortir : devoir se référer à une carte en allemand parce que celles en français et en anglais sont en rupture de stock, se retrouver mêlée à un groupe scolaire qui utilise visiblement le même parcours que la visite autoguidée, se laisser transporter dans le temps par les capsules à saveur théâtrales de certaines des stations, etc.

Made in NormandyAutre exemple où mes intérêts de recherche en tourisme ont été interpellés lors de mon voyage : l’utilisation répandue de la langue anglaise par les Français, notamment dans leurs efforts de marketing. En effet, j’ai souris en apercevant ce restaurant de Rouen, qui vante sa cuisine «traditionnelle» et du «terroir», mais qui a choisi comme nom Made in Normandy… Pour quelqu’un comme moi qui s’intéresse à l’authenticité et à l’innovation en tourisme, c’est un cas qui illustre bien toute la complexité de ces concepts.

De la même manière, on constate avec un brin d’étonnement et beaucoup de questionnement, que la tendance des marques territoriales, qui s’est abondamment développée chez nos cousins Français, se décline assez souvent par l’utilisation de la langue anglaise comme le fait depuis quelques années la ville de Lyon avec sa marque «Only Lyon». Seulement lors de mon plus récent séjour, j’ai eu droit à B Boulogne (Be Boulogne) et Enjoy* Rouen Normandy (l’astérisque faisant référence à *Aimez, Vivez, Rouen Normandy).

logo marques territoriales France

Finalement, je me suis également faite cobaye de l’industrie touristique tout juste avant de repartir, alors que J’attendais l’embarquement pour le vol de retour vers Québec. Un employé d’Atout France (l’organisme de promotion touristique français) distribuait des questionnaires pour une enquête sur les dépenses touristiques par les touristes étrangers lors de leur séjour. Interroger les touristes aux frontières (ici la porte d’embarquement d’un vol international) est l’une des méthodes proposées par l’OMT pour l’évaluation des statistiques et comptes satellites du tourisme. Ce questionnaire d’Atout France interroge d’ailleurs 80 000 touristes annuellement (Veille info tourisme, 2015), ce n’est pas rien !

Mon premier réflexe est de me plonger le nez le plus près de mon écran, l’air absorbé par mon travail, pour éviter la sollicitation pour l’enquête. Mais comme je consulte souvent les statistiques touristiques dans mes recherches, ma curiosité est piquée et je décide de me prêter au jeu pour voir de quoi il s’agit de visu. Les questions portent sur le détail des dépenses effectuées lors du séjour : hébergement, nourriture, transport, divertissement, etc. La comptabilité n’ayant jamais été ma force, mes réponses ont été pour le moins approximatives… Est-ce parce que je n’ai pas porté attention, ou parce que mon cerveau refuse de prendre en compte les sommes que ces dépenses représentent (en Euros en plus…) ? Je trouve l’exercice assez difficile et je doute que je sois la seule parmi les répondants dans cette situation. L’expérience ne fait que renforcer les doutes que j’ai tendance à avoir quand je consulte les statistiques sur les dépenses et les retombées touristiques qui me semble souvent hors de proportion.

Mais trêve de critique… Se faire cobaye de l’industrie touristique, voilà quand même une formidable excuse pour voyager. C’est à mon avis, la beauté et l’avantage d’étudier et de travailler dans un domaine comme le tourisme ! Je reviens la tête pleine d’inspiration pour la fin de la session et la poursuite de mes projets de recherche. Et j’ai d’ailleurs déjà hâte au prochain voyage !

 

Par Isabelle Falardeau
Étudiante au doctorat en sciences géographiques, Université Laval
Chaire de recherche en partenariat sur l'attractivité et l'innovation en tourisme (Québec-Charlevoix)
Rédactrice en chef, TourismExpress La Relève

 

Sources :
OMT, Annuaire des statistiques du tourisme, consulté le 28 mars 2016.
Veille info tourisme, 2015. Présentation des enquêtes et publications statistiques du tourisme, consulté le 28 mars 2016.

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